BRAVE_LADY
12-11-2005, 01:19 AM
À ses origines, le sionisme se veut être une alternative à la religion. Ce mouvement se développe comme une autre façon d’être juif et de traiter l’existence juive formellement, publiquement et consciemment en opposition avec les conceptions religieuses. Le monde religieux, quant à lui, réagit au sionisme d’une façon symétrique : il voit dans ce mouvement un ennemi mortel . Au tournant du vingtième siècle, quand le sionisme commence à prendre forme, il n’y a quasiment pas de sionisme religieux : le sionisme est contre la religion et la religion est contre le sionisme, point, avec une exception dont je parlerai plus loin.
Pour le sionisme, la religion a fait du peuple juif une entité passive, attendant son salut et son émancipation de la venue du messie. La venue du messie permettrait le retour du peuple juif dans sa patrie historique, un retour qui serait un retour dans le cadre d’un projet divin et pas dans le cadre d’un projet politique conçu par des hommes, serait la fin de la souffrance du peuple juif ; jusqu’à ce que Dieu en décide autrement, aux juifs d’assumer la diaspora, la punition que représente l’exil.
Le sionisme est un des deux courants - et je le dis tout de suite, un courant ultra-minoritaire, quasiment marginal - qui pensent la question juive dans des termes de modernité et dans les termes d’un combat politique. L’immense majorité des réponses non religieuses voire antireligieuses, se trouve dans le mouvement ouvrier, en premier lieu le Bund, qui portent un projet émancipateur des juifs dans le cadre d’une révolution en commun avec les autres. Un débat de fond divise les tenants des réponses socialistes à la question juive entre, d’une part, ceux qui voient une dimension nationale à l’existence juive en Europe de l’Est (j’insiste en Europe de l’Est), qui affirment l’émergence d’une nation juive, d’une nationalité juive avec une langue, avec une culture, avec des classes sociales et, d’autre part, ceux qui ne voient dans le judaïsme qu’une religion et voient donc l’émancipation juive dans l’assimilation, c’est-à-dire dans la disparition de l’existence juive elle-même. C’est le grand débat dans la social-démocratie russe, entre Lénine et le Bund, pour ceux que cela intéresse .
Comparé aux courants socialistes, le sionisme est un courant ultra, ultra-minoritaire qui pose la question de l’antisémitisme et de l’émancipation juive hors du cadre du socialisme et dans un cadre colonial, et qui part d’une hypothèse opposée à celle du mouvement socialiste, à savoir l’émancipation juive demande sa séparation des nations. Le projet socialiste disait que l’émancipation juive exige une prise en charge de la question juive par le mouvement ouvrier, et l’intégration des ouvriers juifs dans le mouvement ouvrier pour une émancipation de l’humanité toute entière et donc des juifs aussi ; le sionisme, lui, dit qu’au contraire, il faut se sortir des nations pour garantir une existence normalisée.
Mais dans un cas comme dans l’autre, la religion est perçue comme une idéologie rétrograde, passée, dépassée et dangereuse pour l’avenir des juifs. Pour cette même raison, précisément, le monde religieux et ses rabbins, extrêmement puissants dans l’Europe centrale et surtout dans l’Europe de l’Est, voient dans le socialisme un danger mortel et dans le sionisme un danger tout aussi grave. Avec le socialisme c’est une évidence : c’est un combat qui émerge dès les années 1880, un combat clairement antireligieux, provocatoirement antireligieux dans le mouvement ouvrier juif et un rejet catégorique des valeurs du mouvement ouvrier juif de la part du mouvement religieux. Ce rejet est celui de la modernité, et rejaillit donc naturellement sur le mouvement sioniste.
Pour le sionisme, la religion a fait du peuple juif une entité passive, attendant son salut et son émancipation de la venue du messie. La venue du messie permettrait le retour du peuple juif dans sa patrie historique, un retour qui serait un retour dans le cadre d’un projet divin et pas dans le cadre d’un projet politique conçu par des hommes, serait la fin de la souffrance du peuple juif ; jusqu’à ce que Dieu en décide autrement, aux juifs d’assumer la diaspora, la punition que représente l’exil.
Le sionisme est un des deux courants - et je le dis tout de suite, un courant ultra-minoritaire, quasiment marginal - qui pensent la question juive dans des termes de modernité et dans les termes d’un combat politique. L’immense majorité des réponses non religieuses voire antireligieuses, se trouve dans le mouvement ouvrier, en premier lieu le Bund, qui portent un projet émancipateur des juifs dans le cadre d’une révolution en commun avec les autres. Un débat de fond divise les tenants des réponses socialistes à la question juive entre, d’une part, ceux qui voient une dimension nationale à l’existence juive en Europe de l’Est (j’insiste en Europe de l’Est), qui affirment l’émergence d’une nation juive, d’une nationalité juive avec une langue, avec une culture, avec des classes sociales et, d’autre part, ceux qui ne voient dans le judaïsme qu’une religion et voient donc l’émancipation juive dans l’assimilation, c’est-à-dire dans la disparition de l’existence juive elle-même. C’est le grand débat dans la social-démocratie russe, entre Lénine et le Bund, pour ceux que cela intéresse .
Comparé aux courants socialistes, le sionisme est un courant ultra, ultra-minoritaire qui pose la question de l’antisémitisme et de l’émancipation juive hors du cadre du socialisme et dans un cadre colonial, et qui part d’une hypothèse opposée à celle du mouvement socialiste, à savoir l’émancipation juive demande sa séparation des nations. Le projet socialiste disait que l’émancipation juive exige une prise en charge de la question juive par le mouvement ouvrier, et l’intégration des ouvriers juifs dans le mouvement ouvrier pour une émancipation de l’humanité toute entière et donc des juifs aussi ; le sionisme, lui, dit qu’au contraire, il faut se sortir des nations pour garantir une existence normalisée.
Mais dans un cas comme dans l’autre, la religion est perçue comme une idéologie rétrograde, passée, dépassée et dangereuse pour l’avenir des juifs. Pour cette même raison, précisément, le monde religieux et ses rabbins, extrêmement puissants dans l’Europe centrale et surtout dans l’Europe de l’Est, voient dans le socialisme un danger mortel et dans le sionisme un danger tout aussi grave. Avec le socialisme c’est une évidence : c’est un combat qui émerge dès les années 1880, un combat clairement antireligieux, provocatoirement antireligieux dans le mouvement ouvrier juif et un rejet catégorique des valeurs du mouvement ouvrier juif de la part du mouvement religieux. Ce rejet est celui de la modernité, et rejaillit donc naturellement sur le mouvement sioniste.